41:1 "Au bord du fleuve (yeor)."

Selon Rachi : « À l'exception du Nil, aucune autre rivière est appelée "yeor". La raison est que tout le pays [d'Égypte] est fait de canaux faits par l'homme ; le Nil se déverse en eux et les arrose car la pluie ne tombe pas d'une façon régulière sur l'Égypte, contrairement aux autres pays » (1).

Cependant, Onkelos a traduit [le mot] « yeor » par : « rivière » (2). Même s'il a traduit [l'expression] « 'Al yeoreihem » (3) comme « sur leurs canaux », [la raison est qu'il devait] distinguer entre les mots « nahar » et « yeor » car les deux sont mentionnées dans le même verset : « Sur leurs fleuves (naharotam (4)) et sur leurs canaux (yeoreihem) ».

Ainsi, [selon Onkelos], tous [les cours d'eau] sont appelés « yeorim » : les grandes sont appelées « neharoth » ou « yeorim », tandis que ceux qui sont creusés par l'homme sont appelés « yeorim ».

Ainsi, nous trouvons que le Tigre est appelé « yehor », tel qu'il est écrit (5) : « Je me trouvais au bord du grand fleuve (nahar), le Tigre (…) et je vis soudain un personnage, vêtu de lin ». Il est également écrit (6) : « Et moi, (Daniel), je remarquai comme deux autres personnages qui se tenaient là, l'un d'un côté sur la rive du fleuve (yeor) et l'autre sur l'autre rive du fleuve (yeor). L'un d'eux demanda au personnage vêtu de lin qui se trouvait en amont des eaux du fleuve (yeor)... » (7).

Selon moi, [la vérité se trouve] en les paroles de Onkelos, c'est-à-dire : [les termes] « yeor » et « nahar » font référence au même concept et les deux font [également] référence au concept de « lumière » (ora) (8). La pluie est également appelée « lumière » (or), tel qu'il est dit (9): « Vois, il s'enveloppe de sa lumière (oro) » et « Il dissémine ses nuages que traversent les éclairs (oro) » (10).

Cela correspond également a ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan (11) : « Chaque fois que Élihou a prononcé le mot « ora » (12), cela fait référence à la tombée de la pluie ». [La raison] est sans doute que les pluies apparaissent selon l'influence des luminaires (13) [qui se trouvent dans le ciel] et que les rivières – qui sont formées par les pluies – sont liées à leur source d'origine.

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(1) Ainsi, selon Rachi, le mot « yeor » signifie « canal » plutôt que « rivière ». Une exception existe à cette règle : lorsque la Tora fait référence à la rivière du Nil comme étant un « yeor ». Selon Rachi, la raison de cette execption est que « tout le pays [d'Égypte]... ».

(2) L'intention du Ramban n'est pas de dire que Onkelos partage l'opinion de Rachi – car cela n'est pas le cas – mais qu'en traduisant le mot « yeor » par  « rivière », Onkelos a seulement appliqué sa méthode habituelle qui consiste à traduire le verset selon son sens général plutôt que d'utiliser une traduction littérale et mot à mot (voir commentaire du Ramban sur le verset 14:6 de ce livre).

(3) « Sur leurs yeor(s) », Exode 7:19.

(4) « Leurs nahar(s) ».

(5) Daniel 10:4-5.

(6) Ibid. 12:5-6.

(7) L'intention du Ramban est de démontrer que le Tigre – qui est une grande rivière et qui est donc appelée par le nom de « nahar » (Genèse 2:14) – est également appelée par le nom de « neor ».

(8) De fait, le mot « ora » (lumière) est proche du mot « nehora » et de « naharal » (rivière).

(9) Job 36:30. (10) Ibid. 37:11.

(11) Midrach Rabbah Berechith 26:18.

(12) Dans le livre de Job.

(13) C'est-à-dire : le soleil et la lune.

(Extrait de l'ouvrage à paraître aux Éditions Sichy : "Commentaire du Ramban sur la Paracha" ).

Questions sur la Paracha Miqetz

Approfondissez vos connaissances en répondant à ces questions :

  • Selon Rachi, dans quels cas le mot « yeor » est-il utilisé ?

  • Selon le Ramban, dans quels cas le mot « yeor » est-il utilisé ?

  • Selon le Ramban, Pharaon avait-il pu comprendre - dans son rêve - que la famine n'atteindrait pas l'Égypte ?

  • Selon le Ramban, les vaches broutaient une espèce d'herbe, tandis que selon Rachi, elles broutaient dans un endroit spécifique. Expliquez cette différence d'opinion.